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Le
lourd silence d'une femme
Expérience
de Monique
Bonjour
tout le monde,
Merci
Palmyre et Gilbert pour vos informations concernant le démon inanimé
!
Gilbert,
ce que tu m'as dit n'est vraiment pas bête du tout et m'a beaucoup
touché au regard de ce que je vis en ce moment (tu sais quand tu
as dit que je devrais plutôt me réjouir que le démon
ne fonctionne plus !) ; Guicho m'avait dit en novembre dernier de décider
de remporter la victoire sur le démon de la mort et de ne pas lâcher
jusqu'à ce que j'ai la victoire.
Merveilleuse
clairvoyance de Guicho ! Je crois que c'est cette victoire qui se profile
enfin à l'horizon dans ma vie.
J'ai
envie de partager cette expérience avec vous, sans rentrer trop
dans les détails, parce que ce partage signifie aussi ma "guérison"
à un niveau très profond et ouvre la voie pour moi à
l'encouragement des personnes qui souffrent.
J'ai
vécu une enfance martyrisée auprès d'une mère
toujours plongée dans une souffrance de vie énorme, en état
d'enfer quasi permanent. Je faisais de sa part l'objet d'une grande violence,
physique et verbale. J'ai vécu auprès d'elle une constante
humiliation de ce que j'étais, un rejet viscéral qui me renvoyait
que j'étais sale, repoussante et monstrueuse, tout cela avec la
caution silencieuse de mon père et de mes soeurs. Je suis sortie
de l'enfance totalement déstructurée, aveuglée par
ma haine de la vie, de moi-même, du genre humain, bref de tout. J'ai
ensuite été victime d'un viol que j'ai tu pendant plus de
15 ans tant je n'avais pas conscience de la valeur de ma vie, tant je ne
savais pas ce que c'est que la dignité. J'ai sombré après
cela dans de longues années d'autodestruction en tout genre.
En
94, j'ai rencontré le bouddhisme de Nichiren grâce à
deux amies dont le courage (et il en fallait !) à me faire shakubuku
et à m'encourager, particulièrement une, pendant toutes mes
années de pratique, restera à jamais gravé dans mon
coeur. En commençant à pratiquer, j'ai littéralement
"vomi" toute la souffrance de ma vie ; pendant quatre années, ce
fut un enfer: je manifestais souffrance sur souffrance, colère,
haine; c'était un véritablement déversement, horrible
pour moi et mon entourage notamment bouddhique. Je ne ressentais absolument
pas que cela nettoyait ma vie et que Nam Myoho Rengué Kyo était
bon pour ma vie. J'ai pratiqué la plupart du temps dans un état
de souffrance total et dans une grande angoisse qui me faisaient tout le
temps douter de la valeur du gohonzon. Mais, je voulais tellement m'en
sortir, je voulais tellement anéantir le malheur que je me suis
accrochée tant bien que mal, avec beaucoup de moments de dépression,
vides de sens à l'époque. Il y a toujours eu une divinité
bouddhique pour me remettre sur le chemin du gohonzon.
En
janvier de cette année, j'ai rencontré Yann et je suis venue
en Provence pour vivre avec lui. La construction bien concrète de
mon bonheur et de notre bonheur a fait que j'ai dû faire face à
toutes ces souffrances que j'avais une grande tendance, bien humaine, à
fuir. J'ai eu énormément de mal à pratiquer, sachant
bien que le gohonzon ne me renvoyait que la souffrance qu'il y a dans ma
vie, mais appréhendant énormément de me mettre devant
lui, devant ma vie en fait. Avec l'aide de Yann, j'ai décidé
de transformer cette situation devant le gohonzon, surtout à l'approche
de mes 7 ans de pratique.
Et
j'ai commencé à remercier profondément le gohonzon
de me permettre de sortir toute la souffrance de ma vie et à me
libérer de ce mauvais karma. J'ai commencé à ressentir
combien ma vie est digne, combien elle est précieuse. C'est ce combat
que je gagne en ce moment et qui fait que le démon de la mort bat
en retraite: l'autodestruction était pour moi la répétition
de cette non valeur de ma vie que j'aie vécue tant d'années.
Aujourd'hui,
j'ai profondément décidé de mettre ce que j'ai vécu
et la valeur de ma vie au service de kosen rufu ; je ne sais pas quelle
forme cela prendra, mais je sais désormais que ma vie est précieuse
et qu'elle me permettra d'encourager beaucoup de personnes, et notamment
des femmes, à ressentir qu'elles sont profondément dignes.
Depuis
quelques temps, j'avais pris contact avec une association qui accueille
les femmes violées ; une femme a été profondément
touchée par mon témoignage et a souhaité correspondre
avec moi, ce qui se fait par le biais d'email anonyme. J'avais donc crée
une adresse e-mail anonyme et, spontanément, j'ai pris le nom de
Myoho Bikuni sans trop me rappeler ce que le gosho qui lui est adressé
disait. Je correspond avec cette femme depuis plusieurs jours et hier je
lui ai transmis la Loi avec quelque appréhension sur sa réaction,
mais clairement consciente que c'est le plus beau cadeau que je puisse
lui faire. J'ai relu hier le gosho adressé à Myoho Bikuni,
vol. 6. p. 345. Je crois que ce Gosho sera mon guide pendant de très
nombreuses années.
Je
souhaite que mon expérience puisse aider, entre autres, de nombreuses
femmes qui ont vécu la destruction profonde qu'un viol engendre
et qui est souvent rendu possible par l'éducation destructrice reçu
dans l'enfance. Si vous connaissez de telles femmes dans votre entourage,
aidez-les à parler, à briser le mur du silence qui enferme
dans la honte de soi. Hier, Yann m'a dit que ce n'est pas moi qui suis
dégoûtante, mais ce que j'ai vécu. Combien ses paroles
m'ont fait du bien et sont un effet de mon combat pour ressentir la dignité
de ma vie. Nichiren dit, dans lettre à Gijo-bo que notre vie est
fondamentalement pure ; c'est l'encouragement que j'ai reçu en avril
dernier en directive. Il n'y a que la pratique qui m'ait permis d'ouvrir
cette dignité dans ma vie.
Je
souhaite vous donner mon adresse e-mail anonyme, (je tiens pour de nombreuses
raisons à conserver cet anonymat) qui peut servir à des femmes
ayant subi un viol ; n'hésitez pas à la leur donner, l'anonymat
aide vraiment à parler, à dire enfin les mots qui tuent,
j'en ai fais l'expérience. Le fait d'être littéralement
protégée par un pseudo m'aide beaucoup à parler, à
sortir de ma vie cette expérience et à avancer sur la voie
de la guérison.
myoho.bikuni@laposte.net
J'ai
encore quelques hésitations à partager tout cela et à
croire que ce que j'ai vécu puisse vraiment "servir" à des
personnes, puissent vraiment avoir de la valeur pour repousser la souffrance,
mais je sais que ce combat se gagne devant le gohonzon qui me renvoit aussi
ma boddhéité !
Très
bonne journée à toutes et à tous.
Monique
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